Avant projet de Loi sur la parité : De nombreuses actions posées : Beaucoup reste à faire

La mouture de l’avant projet de loi sur la parité homme/ femme dans les assemblées élues est prête depuis plus de deux mois. En attendant  d’aller devant les parlementaires, les Organisations de la société civile et les Ong sont sur le terrain.  Une enquête que nous avons réalisée avec le soutien de l’institut PANOS dans le cadre du projet ‘’Femmes, occupez les médias’’

 

Elle n’est pour l’instant pas une réalité. Mais dans quelques mois certainement,  la loi portant sur la parité homme / femme dans les assemblées élues verra le jour. En attendant, l’avant projet de loi rédigé par un comité de concertation a été remis il y a un peu plus d’un mois, à la ministre de la Femme de la Protection de l’Enfant et de la Solidarité, Mariatou Koné.  Ce document est le fruit «d’un travail consensuel, inclusif de toutes les parties prenantes de la société », notamment de représentants de la société civile, d’institutions, de parlementaires, de juristes, de partenaires techniques et financiers. Il devra être adopté afin de donner forme à l’Article 36 de la constitution ivoirienne qui énonce que «L’État œuvre à la promotion des droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues. Les modalités d’application de cet article sont fixées par la loi ».

De nombreuses actions posées...

Un avis que partagent de nombreux responsables de la société civile. ««Plus de 50 ans après l’indépendance de la Côte d’Ivoire, la situation des femmes de ce pays n’a pas connu de réels progrès. Pourtant, elles constituent plus de la moitié de la population ivoirienne, elles sont instruites autant que leurs frères; sont compétentes et ont démontré leurs capacités de gestion et de négociations lors de réunions de processus de paix»,  explique Rachel Gogoua, porte-parole de ce groupe d’organisations féminines ivoiriennes. Ainsi pour l’atteinte de cet objectif capital, de nombreuses actions sont menées par les organisations de la société civile et les Ong. Au nombre de celles-ci, il y a  la mise en place depuis 5 ans du Compendium des compétences féminines de Côte d’Ivoire (Cocofci). Cette structure qui cette année a été érigée en Programme national, a pour objectif entre autres de renforcer la visibilité, la participation et le leadership des femmes dans la gestion des affaires publiques et privées. Euphrasie Yao, ex- ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, soutient que ce programme vise également à fournir des informations utiles et en temps opportun au Président de la République pour la prise de certaines décisions concernant le recrutement, la nomination ou la représentation des Compétences féminines. A coté de cela, les Ong sont en action. Le mois dernier, les femmes des partis politiques de Côte d’Ivoire se sont réunies dans le cadre d’un atelier de formation à l’Hôtel HP Ressort de Yamoussoukro, pour réfléchir sur les stratégies et techniques de plaidoyer pour l’accroissement de la représentativité des femmes aux postes décisionnels. Profitant de la cérémonie d’ouverture, Henriette Lagou, présidente du forum des femmes des partis politiques a rappelé que les femmes sont moins représentatives en Côte d’Ivoire, et dans le monde pour des raisons de dépendance économique et d’ignorance. Elle a exhorté les femmes «ailes rassurantes pour le développement économique », à se faire confiance pour accéder à la sphère décisionnelle et à repenser une société nouvelle. Le passage à cette société nouvelle exige que certains pas soient posés. Ainsi, l’Organisation des femmes actives de Côte d’Ivoire (Ofaci) a formé ses membres afin qu’ils s’approprient la loi. «Mais déjà il faut que l’on sache que L’Ofaci est membre du comité d'écriture de cet avant projet de loi », explique Doumbia Fanta, directrice exécutive de ladite organisation qui ajoute qu’une campagne de sensibilisation a été menée dans les localités suivantes: Il s’agit notamment de Bondoukou, M'batto, Bin houyé, Ferké et Odienné. La structure en a profité pour recueillir  la perception des populations sur la participation politique de la femme et sur la loi sur la parité. «Dans le cadre de la campagne, nous avons été reçus par plusieurs institutions et  personnalités au nombre desquelles : le Conseil supérieur des imams (Cosim), la Commission électorale indépendante (Cei), La Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire (Cndhci), Le ministère de l'Intérieur et de la Sécurité, le ministère de la Salubrité , de l’Environnement et du Développement durable, Le Directeur général de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), L'Union africaine et bien d'autres », précise Mme Doumbia qui ajoute que ‘’Ce plaidoyer continue à travers des émissions radio et télé jusqu'à ce que la loi soit obtenue ». Le Centre féminin pour la démocratie et les droits humains en cote d’ivoire (Cefci) apporte également sa contribution à l’atteinte des objectifs de cette loi. Selon Koné Miayiah Julie, présidente de cette organisation, le Cefci estime que la participation équitable des femmes à la politique et au gouvernement reste essentielle pour édifier et maintenir la démocratie. Ainsi depuis 2003, le Centre féminin n’a cessé d’organiser des programmes de formations et de renforcement de capacité ciblés  pour accroitre l'efficacité, le soutien populaire des femmes, électrices, candidates, représentantes des partis politiques  tout en espérant que plus les femmes s'engageront en politique, plus les institutions seront sensibles aux besoins de tous les citoyens ; d’élaborer des publications intitulées « Cahier de la femme de la candidate » un recueil d’informations mis à la disposition gratuitement des potentielles candidates pour leur permettre de développer leur leadership et mieux préparer leur campagnes avant, pendant et après les élections. Au-delà de la formation, au dire de sa présidente,  le Centre féminin emploie un large éventail de stratégies notamment la sensibilisation visant à accroître la participation des femmes dans tous les aspects du processus politique. «Ce programme vise à informer les femmes sur leurs droits civiques et politique,  à les encourager à participer aux processus politiques», explique Koné Julie. Le Cefci mène aussi une stratégie de plaidoyer avec  les responsables des partis politiques en vue de développer et  mettre en œuvre des politiques favorables à l'inclusion équitable et significative des femmes dans les postes. Egalement avec les élus locaux et le gouvernement pour renforcer les corps législatifs, augmenter les priorités politiques des femmes. Cependant dans cette démarche, ces organisations rencontrent de nombreux obstacles, qui vont du poids de la tradition au faible niveau d’instruction des femmes, en passant par les heures tardives de rencontres et de la dépendance des femmes. 

…..mais beaucoup reste à faire

Concernant Le poids de la tradition, Koné Julie soutient que  selon les réalités, la femme est maintenue dans la sphère privée, utilisée comme conseillère sans toutefois bénéficier d’une reconnaissance liée à ce statut. «Les femmes sont toujours considérées comme « femme » malgré les exploits qu’elles réalisent. Il y a encore des hommes et même des femmes qui n’arrivent toujours pas à accepter le fait que la femme ait droit tout comme l’homme, à une vie publique surtout en politique », précise Mme Koné.  Doumbia Fanta révèle que celles qui essaient tant bien que mal de s’afficher sont combattues.  Ce qui les amène, soit à abandonner, soit à se cacher pour participer aux activités politiques. Ces différentes responsables de structure soutiennent en substance que le manque de confiance en soi dû au faible niveau d’instruction des femmes les contraint à faire profil bas. «Les femmes ont peur de s’engager, de s’exprimer en public parce qu’elles ne parlent pas correctement la langue  française. Par ailleurs, dans les assemblées, elles se font remarquer par des  « messes basses » qu’elles tiennent en aparté, vu que  la plupart d’entre elles, n’osent pas prendre la parole en public, quelle que soit la pertinence de leurs  propos », précise la présidente du Cefci. A ces éléments s’ajoute la  participation à court terme des femmes à la vie politique, les femmes, abandonnent leurs activités politiques après quelques temps d’activisme. Mais également les responsabilités quotidiennes des femmes et les difficultés à organiser leur temps ne leur permettraient pas de s’impliquer ou même de participer à la gestion des affaires publiques locales ou à la vie politique, compte tenu de l’heure tardive des réunions. «Et souventefois, mêmes si elles désirent se surpasser, les femmes manquent de moyen financier. Cela constitue également un obstacle à leur émergence au niveau politique », soutient la présidente exécutive de l’Ofaci. Nonobstant ces barrières, les responsables des Ong comptent poursuivre les sessions de formation et de renforcement de capacité sur le leadership de la femme; continuer les efforts dans le plaidoyer et le lobbying pour une participation accrue des femmes dans la sphère politique  et développer un partenariat avec les organisations locales, régionales ou internationales, Les partenariats avec d'autres organisations peuvent attirer un plus haut niveau de prestige aux programmes de formation et à ceux qui y participent, et peut aider à soutenir les efforts en cours ou soutenir le travail des femme. «Nous comptons par ailleurs impliquer davantage les médias dans la lutte et continuer le plaidoyer pour l'obtention de la loi sur la parité », souligne Mme Doumbia. Comme l’a signifié Awa N’ Diaye Seck, représentante résidente de l’ONU femmes lors la formation des femmes des partis politiques à Yamoussoukro le mois dernier,  le pays doit placer le capital femme au cœur de l’émergence à l’horizon 2020. Mais au-delà, les femmes doivent s’engager fermement afin que la loi sur la parité du genre homme et femme, soit une réalité dans le pays.

Touré Yelly
 

 

Encadré :

Historique de cet avant projet de loi

La Côte d’Ivoire a signé et ratifié plusieurs textes (l’ensemble des dispositions et conventions internationales relatives à l’élimination des discriminations à l’égard des femmes ; ….) pour améliorer la situation de la femme et construire une nation  égalitaire dans laquelle les hommes et les femmes participent au développement du pays. Des engagements internationaux qui ont été pris en compte dans la nouvelle Constitution dont le pays s’est doté le 8 novembre 2016.  La nouvelle loi fondamentale ouvre la voie à une meilleure représentativité des femmes dans les instances de prise de décisions notamment les fonctions électives. Celle-ci stipule en son article 36 que « l’Etat œuvre à la promotion des droits politiques de la femme en augmentant ses chances d’accès à la représentation dans les assemblées élues ». Le ministère de la Femme, de la Protection de l’Enfant et de la Solidarité a décidé de traduire en acte et d’opérationnaliser cet article à travers une loi. Elle a dans cet optique mis en place un cadre unique de concertation pour l’amélioration de la participation politique des femmes regroupant en son sein les experts issus de plusieurs structures : Institutions de l’Etat, Agences des Nations Unies, Partenaires techniques financiers, organisations de la société civile et faîtières d’organisations de femmes.

T. Yelly